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31/05/2013

Jean-Christophe Rufin: "C'est le chemin qui nous fait"

Pour prendre ses distances avec les honneurs et les flatteurs, Jean-Christophe Rufin, académicien, ambassadeur, prix Goncourt, médecin humanitaire, a entrepris une Immortelle randonnée (*), de 900 km sur le chemin de Compostelle. Une démarche réparatrice qui l’a conduit vers lui-même sans perdre ni le sens de ses responsabilités ni celui de l’humour. Un livre actuellement en tête des ventes.

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Après avoir quitté votre poste d’ambassadeur de France au Sénégal, en 2010, vous avez cheminé vers St Jacques de Compostelle. Cette marche était-elle une fuite ? 

  

L’Académie, l’habit vert, le statut d’ambassadeur, me font honneur et j’en suis fier. Mais, peu à peu, ces distinctions me montaient à la tête. Mes pieds m’ont permis de revenir sur terre. Je me suis désintoxiqué. 

 

Vos succès littéraires, cela dès votre premier roman L’Abyssin (1) ont-ils changé votre vision du métier d’écrivain et de sa responsabilité?

  

Non. Je n’ai pas changé. J’ai toujours pensé qu’il y a une vraie responsabilité de l’écrivain. Nous incarnons certaines valeurs. Notre influence, notre accès aux médias nous donnent un certain pouvoir, donc des obligations civiques auprès de l’opinion. La reconnaissance ne fait que leur donner plus de poids.  Je ne considère pas l’écriture comme un geste gratuit.  On ne peut pas se défausser. Ce qu’on écrit nous engage.

 

 Votre Immortelle randonnée  est sous-titrée, Compostelle malgré moi. Cette marche curative n’était-elle pas préméditée ? 

 

Plus ou moins, j’y pensais en écrivant Le Grand Coeur, (2) la biographie romancée de Jacques Cœur. Un matin je me suis mis en marche. J’étais dans un état de vacuité intellectuelle. Sur le chemin, c’est le corps le patron. On se transforme en marchant. Par prudence, on part avec un sac trop lourd. Peu à peu, pour avancer, il faut s’alléger pour ne garder que l’essentiel. Cette méthode déteint sur l’esprit. Chemin faisant, on se débarrasse des préjugés, des angoisses, des peurs. Ce tri, qui met presque à nu, permet de s’élever un peu au-dessus de soi-même, d’être plus disponible aux autres et plus sensible à l’essentiel.

 

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En endossant l’habit de pèlerin, avez-vous été sensible à la dimension spirituelle de ce chemin?

 

D’une certain façon, mais comme le dit le sous-titre, malgré moi. J’avais choisi le chemin Nord, moins fréquenté, un vrai désert. Au début, je m’occupais de mon corps bien plus que de mon esprit. Puis j’ai été attiré par les nombreuses étapes religieuses. Une fois le corps rodé et la curiosité satisfaite, je me suis retrouvé en ma compagnie. Ce pèlerinage très physique, très concret déclenche des résonnances philosophiques ou religieuses. On ne fait pas le chemin, c’est le chemin qui nous fait. On y trouve ce qu’on y met mais surtout ce qu’on n’y met pas.

 

Diriez-vous que ce fut un moment important de votre vie ?

 

Toutes les grandes initiations passent par le corps. Sinon il suffirait de lire ou d’écouter. J’ai compris que l’important n’est pas où l’on va ; l’important c’est d’où l’on vient. J’ai ressenti une certaine béatitude, une forme d’émerveillement aussi. La durée de la marche contribue à cette paix intérieure. Cette randonnée ne m’a pas changé ; elle m’aidé à m’accepter tel que je suis.

  

Cette épreuve vous semble-t-elle convenir voire, être recommandable, pour les seniors ?

 

En chemin, j’ai rencontré beaucoup de gens qui disposent de temps, donc des retraités. En outre, cette marche demande de l’endurance et de la patience, deux qualités qui viennent avec l’âge. Je dirais aussi qu’elle convient à des personnes qui ont besoin de surmonter des moments difficiles. Pour beaucoup, le départ à la retraite en est un. A ce moment il est bon de prendre ses distances et de se mesurer à soi-même.

 

Avez-vous écrit en cours de route ?

 

Non. Je n’ai pris aucune note. Quand j’ai décidé de raconter cette randonnée, tout m’est revenu mais par le détour de la mémoire. Ce détour a donné son sel à cette expérience. Il permet de revoir les choses avec humour et de prendre la mesure de l’aventure débarrassée des scories et des anecdotes. Cet exercice d’autodérision fait beaucoup de bien.   

 

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(*) Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi. Ed. Guérin, 350p

 

L’Abyssin, prix Goncourt du premier roman 1997, Grand prix de l’Académie française.(Folio)

Rouge Brésil, (Folio) Prix Goncourt 2001

Globalia. (Gallimard 2004 ; Folio) 

Un léopard sur le garrot (autobiographie) Folio

Le parfum d’Adam. (Flammarion 2007)

Katiba, (Flammarion 2010)

Le Grand cœur, (Gallimard 2012).

Commentaires

Bonjour, j'ai acheté le livre au premier regard, pas lu encore mais je sais d'avance qu'il va me plaire, c'est le chemin qui nous fait, je suis bien d'accord avec cela car je suis à un âge du bilan de ma vie, j'aime aussi la randonnée, à cause d'un travail très dur je suis obligé d'attendre la retraite maintenant, et j'espère pouvoir faire le chemin de Compostelle, c'est un rêve.

Écrit par : marianna | 02/06/2013

Marianna, j'ai comme vous depuis toujours formuler le vœu (ou plutôt une promesse faite à moi même) de prendre un bâton de pèlerin et partir sur le chemin jusqu'à St Jacques de Compostelle. Les années ont passées, la retraite est arrivée et je n'ai toujours pas réalisé mon vœu (faute à une vilaine sciatique survenue entre temps) rendant la marche difficile ainsi qu'un manque d'endurance pour entreprendre un si long parcours. Je suis quand même déterminée à réaliser ce rêve en faisant une partie du trajet par le train puis de continuer en marchant jusqu'à Compostelle. Je demande l'avis de personnes ayant eu recours à cette formule train et marche jusqu'à Compostelle (avec un handicap) le 02/06/2013

Écrit par : Nicolle | 03/06/2013

Marianna bonjour, j'ai comme vous depuis toujours formuler le vœu (ou plutôt une promesse faite à moi même) de prendre un bâton de pèlerin et partir sur le chemin jusqu'à St Jacques de Compostelle. Les années ont passées, la retraite est arrivée et je n'ai toujours pas réalisé mon vœu (faute à une vilaine sciatique survenue entre temps) rendant la marche difficile ainsi qu'un manque d'endurance pour entreprendre un si long parcours. Je suis quand même déterminée à réaliser ce rêve en faisant une partie du trajet par le train puis de continuer en marchant jusqu'à Compostelle. Je demande l'avis de personnes ayant eu recours à cette formule train et marche jusqu'à Compostelle (avec un handicap). Merci de bien vouloir me donner une réponse. le 02/06/2013

Écrit par : Nicolle | 03/06/2013

Mai 2013 un projet le chemin de st Jacques. Au Puy en velay j achete immortelle randonnée (toujours séduite par les livres de Rufin) et avec une météo à ne pas mettre un chien dehors, j' ai fait le chemin pas à pas avec l' auteur...délicieux . Merci.

Écrit par : Régine | 30/06/2013

D'abord et avant tout et beaucoup psychologue convenu que l'expérience nous a pensé de ce que nous pouvons agir à l'avenir. par exemple, il ya un gars qui sommes toujours rire à l'école. évidemment ce gars va devenir tellement conscients de son fait et donc être un gars silencieux ou solitaire.

Écrit par : essay editing checklist | 26/04/2014

Interview s'est très fructueux, et je l'aime) Dans un sens - ces questions semblait très compétente dans le contexte et il devrait encore son blyi tôt ou tard!

Écrit par : cheap editing services | 15/05/2014

Un titre très bien choisi. Bravo, écrivez plus

Écrit par : site santé | 22/04/2015

Les commentaires sont fermés.

 
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