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29/03/2013

Le sablier de Jean-Marc Roberts

L’écrivain, éditeur et scénariste Jean-Marc Roberts est mort le 25 mars dernier à l’âge de 59 ans, des suites d’un cancer. Une maladie dont ce merveilleux illusionniste avait fait un récit léger, fluide et scintillant. Lire "Deux vies valent mieux qu’une", parce qu’on ne meure qu’une fois.

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Adolescent, Jean-Marc Roberts, né le 3 mai 1954 d’un père américain et d’une mère italienne, passa quelques étés en Calabre chez son oncle Félix. En revenant de la plage, « j’adorais découvrir encore un peu de sable entre le gros orteil et l’index, écrit-il dans "Deux vies valent mieux qu’une". Est-ce que ça ne me gênait pas ? Mais si, un léger empêchement. Assez délicieux. Le voilà, mon truc, subir toujours une petite contrariété qui me pèse, mais gentiment. Alibi pour repousser depuis toujours le grand livre, la vraie bonne vie. Je pense que tout cela m’assomme. Je préfère les bouts, les instants, les petites ruses des magiciens, les tours d’illusionnistes. » Son dernier livre ratisse tout cela, les souvenirs s’entassent autour de la maladie, des soins, des angoisses, des espoirs. Ils en font un noyau dur et pur. "Deux vies valent mieux qu’une" est un grain de sable : à la fois si petit et si solide. Quelques feuilles, mais des feuilles de papiers de verre, brillantes, légères mais qui raillent le cœur en adoucissant la mort. Un livre ardent.

La vie de Jean-Marc Roberts balançait ainsi entre son métier d’éditeur qu’il exerçait avec joie et celui d’écrivain auquel il jouait avec sérieux.

Jeune homme doué, il publie son premier roman, "Samedi, dimanche et fêtes", (Ed. Points) à 17 ans et décroche le Prix Fénéon. En 1979, "Affaires étrangères" (Le Livre de poche) recevra le Prix Renaudot. Bien d’autres romans viendront délester ce séducteur des bonheurs et servitudes de l’édition. Tous seront inspirés par ses souvenirs, ses rencontres, ses amours. Si bien que la vingtaine de livres constituent l’autobiographie nonchalante et lucide, drôlement grave d’un virtuose de la pirouette. Tous contiennent ce grain de sable, de sel et de folie qui change un peu la vie des lecteurs. Cet amateur des tours de passe-passe veillera sur les écrivains, les découvrira, les encouragera. Il travaillera  d’abord chez Julliard, puis au Seuil où il gagnera la réputation de « faiseur de prix ».

De là il entrera chez Grasset, d’où il sort pour le Mercure de France, Fayard. Depuis 1998, il dirigeait  les éditions Stock. On lui doit, entre autres, d’avoir accompagné Michel del Castillo, Erik Orsenna, Philippe Claudel, Eric Faye, mais aussi la Finlandaise Sofi Oksanen, les sulfureuses Catherine Angot et Colombe Schneck. Volontiers provocateur, gourmand de coups d’éclat, il avait récemment édité "Belle et Bête", de Marcela Iacub, inspiré de ses relations avec DSK.

Jean-Marc Roberts était aussi scénariste. Le scénario qu’il écrivit d’après son roman "Affaires étrangères", reçu le prix Louis Delluc en 1981 sous le titre "Etrange affaire" réalisé par Pierre Granier-Deferre.

Il y a peu, affaibli par la maladie, il confiait : « Mes livres semblent tellement léger que je finirai par m’envoler avec eux.» Ce qu’il fit le 25 mars.  

Il y aura toujours eu dans sa vie ce grain de sable, ce « léger empêchement », qui fait le sel de la vie. Sur la plage, son sablier s’est écoulé, nous laissant une jolie pile de livres. Un bel héritage.

Deux vies valent mieux qu’une, de Jean-Marc Roberts. Ed. Flammarion,  105 p., 13 €. 

 

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